Le cycle des saisons, le passage entre les générations, la boucle de la vie, tels sont les motifs qu’explore le Théâtre l’Articule, spectacle après spectacle, et particulièrement au fil des Petites variations. Aussi ludiques qu’épurées, ces formes courtes, et légères en technique pour s’installer partout, évoquent les liens essentiels qui se tissent entre grands-parents et petits-enfants et la manière dont ils construisent le rapport de l’individu au monde. Le temps et la relation à l’autre sont au centre de ces deux tableaux comme de la démarche de la compagnie de Fatna Djahra, qui s’adresse ici à un public de très jeunes enfants. Deux duos d’actrices, des objets mûrement sélectionnés, une narration simple et un dialogue entre différentes disciplines scéniques, tels sont les bons ingrédients de l’Articule qui, depuis ses débuts, balance entre cirque et théâtre d’objet. Le temps de grandir, de partager et, puisqu’on est au théâtre, le temps de l’imaginaire !
Théâtre l'Articule
Les petites variations / #1 mouvement pour cartes postales et #2 mouvement pour petite voiture
Théâtre d’objets / 30 min
Dès 4 ans
Conception Fatna Djahra
Interprétation Variation #1 Ella Beerli et Isabelle Monier-Esquis Interprétation Variation #2 Fatna Djahra et Isabelle Monier-Esquis
Mise en scène Hélène Hudovernik, Christophe Noël, Fatna Djahra
Plasticiennes Judith Dubois et Leah Babel
Collaboration artistique Philippe Rodriguez Jorda, Alicia Packer et Lola Riccaboni
Scénographie Gordon Higginson
Construction agrès cirque Fil Deblock
Création musicale Julien Israelian
Création lumière Philippe Dunant
Création costumes Verena Dubach
Administration Mathilde Babel Rostan – Atelier Gazelle
Diffusion Camille Triadou
Production Théâtre l’Articule
Co-productions Théâtre des Marionnettes de Genève, Théâtre de Grand-Champ de Gland, Ville de Lancy, Rêve de foin – Rosières, Château Rouge – Annemasse, Théâtre La Halle ô Grains – Bayeux, Le Sablier – Centre national de la marionnette en Normandie, Le Mouffetard – Théâtre de la marionnette à Paris
Soutiens Fond de transformation – République et Canton de Genève, Ville de Genève, la Loterie Romande, Pro Helvetia
Biographie
Fatna Djahra se forme aux arts de la scène à l’École de cirque « Sans Filet » de Bruxelles, ainsi qu’aux Écoles internationales de théâtre Jacques Lecoq à Paris et Philippe Gaulier à Londres. En 1997, elle découvre le jeu de la marionnette au théâtre des Marionnettes de Genève avec lequel elle collabore régulièrement. Puis, après de multiples expériences dans les arts vivants, elle fonde le Théâtre l’Articule en 2010. Son pari de départ pose les bases de sa démarche et de son engagement : Travailler la dramaturgie, l’univers visuel, théâtral, poétique et marionnettique pour s’engager à donner aux plus jeunes ET aux adultes, une vraie place de spectateur·trices, considérée et respectée. Le monde de la marionnette est vaste et joyeux. La recherche est infinie. Nourrir notre langage, notre imaginaire, notre plaisir et nous attacher à chercher, créer, développer de nouvelles formes en partant du constat que tout est possible. Une charte réjouissante !
Entretien avec Fatna Djahra
L’enfance est toujours centrale dans vos projets. Dans Les petites variations, il s’agit spécialement de la relation entre les grands-parents et les petits enfants, quel en est le point de départ ?
Pendant la période du covid, j’ai été choquée de voir que les personnes âgées et les tout petits étaient mis en quarantaine, qu’ils ne pouvaient plus être en contact physique les uns avec les autres. Ça m’a paru fou cette rupture de lien. Les questions ont afflué : Quel est ce lien avec ces gens qui ne sont pas les parents mais les grands-parents ? Qu’est-ce qui se tricote dans cette relation particulière entre grands-parents et petits-enfants ? Quels sont les souvenirs que l’on garde en grandissant ? Qu’est-ce qui se transmet ? Quels sont les souvenirs que l’on garde en vieillissant ? J’ai eu envie de partir en exploration, sur un mode joyeux, en utilisant le théâtre d’objet. Le Mouvement pour cartes postales (#1), tire un fil entre 3 générations de femmes d’une même famille, à travers la correspondance entre la grand-mère et sa petite fille. Dans le Mouvement pour petite voiture (#2), deux sœurs racontent leurs souvenirs de départ en vacances avec leurs grands-parents. Les grands-parents sont les premiers à sortir les petits-enfants du nid parental. Ils aident, en quelque sorte, les enfants à s’émanciper de leurs parents. Le terrain d’exploration des enfants avec les grands-parents est truffé de possibles alors qu’avec les parents, il est cadré par l’éducation et bien souvent le manque de temps. Je pense que les grands-parents sont libérés du poids de la contrainte de l’éducatif. Parce qu’ils prennent le temps, ils osent plus la confiance, la liberté, l’émotion, le jeu, le plaisir, l’aventure, l’écoute…
Il y a peut-être l’idée d’une transmission au féminin, avec les trois générations de femmes dans le mouvement pour cartes postales ?
Les cartes postales accrochées sur le portique représentent le trésor, la collection. Elles sont envoyées par la grand-mère et font le tracé de ses voyages, de ce qu’elle vit ailleurs. Dans cette correspondance avec sa petite fille, La grand-mère sème des graines, nourrit l’envie, la curiosité, la joie de découvrir et invite sur le chemin de l’inconnu, en ouvrant la porte sur le monde. Ces graines semées sont, en quelque sorte, l’héritage qu’elle transmet à sa petite fille. Le cerceau, c’est l’espace de l’enfance, du jeu. Ça convoque l’image des enfants qui grimpent partout, qui sont toujours perchés, hors d’atteinte. C’est l’espace qui protège… C’est la cabane. Le cercle est symbolique. C’est aussi la boucle, le cycle. Les petites variations ont toutes une boucle. Par exemple, au début du Mouvement pour petite voiture, les grands-parents sont au volant. À la fin du récit, ce sont les petites filles qui conduisent la voiture et emmènent leur grand-mère. Dans nos spectacles Après l’hiver et Comme suspendu, il y a déjà cette idée du cycle de la vie : on naît, on grandit, on vieillit. On transmet…
Est-ce qu’il y a aussi la nostalgie d’une époque révolue, où on s’envoyait des cartes postales, par exemple, ce qui ne se fait pratiquement plus…
Au sortir du spectacle, il y a des parents qui proposent aux enfants d’envoyer des cartes postales… Aujourd’hui, on s’envoie des sms, avec photos. C’est rapide, efficace… La carte postale amène une autre temporalité, que j’aime : on la choisit, on l’achète, on réfléchit, on prend le temps d’écrire, de dessiner si on ne sait pas encore écrire, on met un timbre et l’adresse et on la poste. Puis il y a le temps du voyage postal, et peut-être de la réponse… Le temps qui passe est important. Les tout jeunes sont dans l’immédiateté. Le temps d’attendre, de regarder, de digérer, de comprendre, le temps de l’ennui aussi… Tout ça, ça s’apprend. On manipule des cartes postales qui viennent de ma collection ; L’équipe en a aussi apporté. Judith Dubois a aussi récupéré le stock d’une vieille dame, rangé dans des boîtes à chaussures. Quelques cartes ont été créées pour les besoins du récit. La montagne est construite avec plein de cartes postales. Le bas de la montagne est fait avec des cartes couleur herbe, puis viennent les fleurs… la neige est au sommet. Leah Babel nous a fait une jolie montagne suisse tout en cartes postales !
Comment s’est écrit le spectacle ?
En règle générale, j’arrive avec une idée que je propose à l’équipe. À partir de là, on travaille. On cherche. On fait de l’écriture de plateau. Le texte s’écrit ainsi. Ici, je voulais donc travailler autour de la transmission, de l’héritage, spécifiquement dans la relation de grands-parents aux petits-enfants, basée, idéalement, sur l’amour et sur le plaisir d’être ensemble. J’ai proposé plusieurs médiums : la manipulation de cartes, objets bi dimensionnels donc, avec un agrès de cirque. Au départ, le trapèze. Finalement, le cerceau. Le cercle est plus graphique, il propose un espace très concret. Un peu bi dimensionnel aussi, je me rends compte maintenant. Les voitures, objets de transport, de mouvement. Personnellement, je ne suis pas partie en vacances en voiture avec mes grands-parents. Il y a plein d’enfants qui ne partent pas en vacances avec leurs grands-parents. Cela n’empêche en rien le lien, le rêve, le partage. Le voyage est partout… Quand nous jouons en salle, nous choisissons de laisser un peu de lumière sur le public : les enfants se voient entre eux, et nous, nous les voyons. Les regarder dans les yeux quand nous nous adressons à eux pendant le spectacle, nous permet des adresses particulières et nous sort de « l’entité public ». Il y a un véritable échange, direct, entre eux et nous. Je voulais que le dispositif des mouvements 1 et 2 reste techniquement léger, afin de pouvoir jouer dans n’importe quel espace, dehors, dans des salles dédiées ou dans des lieux non dédiés.
Qui fait quoi dans l’équipe ?
J’aime que toute l’équipe puisse amener du sens, s’exprimer librement, que l’on construise ensemble. C’est précieux de travailler comme cela, ça prend du temps (8 à 9 semaines de répétition) et c’est un vrai choix. Pour les petite variations #1 et #2, il y a eu plusieurs collaborations artistiques, plusieurs étapes de travail. Finalement, Judith Dubois et Leah Babel (plasticiennes), Philippe Dunant (créateur Lumière), Julien Israelian (compositeur) ont mis leur patte dans l’écriture de ces 2 formes courtes. Ainsi qu’Isabelle Monier Esquis, comédienne et marionnettiste qui joue dans les 2 duos. La recherche du mouvement d’Ella Beerli (circassienne + régie technique) a permis que l’on crée un espace de jeu spécifique et cohérent entre le mouvement circassien, la manipulation des cartes postales, la musique et le texte. Je suis moi-même sur le plateau, en régie et en co-mise en scène avec Christophe Noël.
Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’espace du cirque ?
Mes premiers amours, c’est le cirque. J’étais jongleuse. Ce qui m’intéressait finalement dans ma pratique, c’était la manipulation d’objets et le jeu, pas la prouesse technique. Après l’École de cirque Sans filet à Bruxelles, je suis passée par l’école de théâtre Jacques Lecoq. En arrivant à Genève, j’ai formé au jeu et mis en scène des circassien·nes. Et il y a eu la marionnette qui s’est imposée à moi et qui ne m’a plus quittée. Le monde du cirque, tout comme celui de la marionnette, ouvre tellement le champ des possibles !
Propos recueillis par Maïa Bouteillet
Tournée
Contact
Théâtre l’Articule
Genève
Contact diffusion :
Camille Triadou
larticuletheatre.triadou@gmail.com / +33 6 87 15 15 95
theatrelarticule.com